Tous les articles par Juliette Derimay

Chut !

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Chut n’a rapport au silence, comme un impératif, une incitation forte, un doigt juste sous le nez, que quand trône fort et fier, juste derrière le mot, un point d’exclamation. Sans ce i à l’envers, on n’est pas dans le calme, dans l’écoute de l’autour, dans l’attention au reste qui ne serait pas nous, on est dans le passé simple du joli verbe choir, qui nous ramène à chute, avec un e au bout. Un e qui ne dit pas le féminin de chut !, mais l’action de tomber. Pas tomber amoureux, mais s’étaler, valdinguer, se ramasser, prendre une pelle, une bûche, une gamelle, suivre, mais bien contre son gré « le mouvement vertical d’un corps se rapprochant du centre de la Terre sous l’effet de la loi de la pesanteur ». La chute de la pomme, l’étincelle de Newton, n’a souvent rien à voir avec l’idée de silence. La chute d’eau qui bouillonne qui rugit en torrent, qui transforme une nappe d’eau en gouttelettes, en écume, en brouillard, en cascade, c’est juste assourdissant, on n’entend plus que ça, on ne sent plus que ça, par les yeux, les oreilles, brume comme un lourd manteau sur le corps tout entier et l’odeur de l’humide qui emplit les narines. Chute des cheveux, chute de pierres, chute des feuilles en automne, toutes les chutes n’auront pas le même rapport au temps, au silence, au boucan, mais toutes ont en commun une attraction commune vers quelque chose de stable, loin de l’équilibre précaire des choses qui tiennent en l’air on ne sait pas trop comment. Histoire en équilibre où nous emmène l’auteur qui nous tient en haleine par des rebondissements, retours dans le passé ou autres coups de théâtre, pour nous amener enfin tout tremblants et pantelants de chapitre en chapitre et puis de page en page, voir de mot en syllabe, vers la chute de l’histoire, celle qui nous laisse à terre, comblés de mots, de lettres et de ces émotions qui nous pousseront toujours à reprendre un bouquin, à l’ouvrir tout fébrile, et à suivre l’auteur dans l’histoire qu’il nous offre pour le plaisir final, le plaisir de la chute

Limite

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Pour le texte d’aujourd’hui j’avais trouvé frontière. Mais frontière est pour moi un mot beaucoup trop sombre, politique et sanglant, guerrier et trop humain. En y réfléchissant, j’ai préféré limite. La frontière est limite, mais limite pas frontière sauf dans quelques cas rares pour nos vocabulaires, et beaucoup trop fréquents pour ce qu’ils produisent d’effets, politiques et sanglants, guerriers et trop humains. Alors plutôt limite, puisque j’ai le privilège d’avoir encore le choix. Limite mathématique qu’on n’atteindra jamais, mais qu’on ne dépassera pas, les limites du terrain qu’on trace dans la poussière d’un talon qui zigzague quand on a un ballon, la limite peinte en rouge sur des pierres et des arbres pour une propriété, qui n’arrêtera pas la promeneuse discrète qui ne fait que passer, ou la ligne d’horizon floutée d’une légère brume quand on regarde le large installée pour rêver sur une plage tranquille au lever du soleil, ou la laisse de hautes mers qui change de jour en jour en fonction des marées. Pas de grande déclaration, de traité ou de bataille pour la limite pluie-neige. Là haut ce sera blanc, solide et vraiment froid, et plus bas transparent, liquide et juste frais. L’être humain quels que soit ses désirs de frontières, de drapeaux, de puissance n’y sera jamais pour rien dans la limite pluie-neige ou la laisse de hautes mers, ou l’endroit où s’installent les huitres et les bulots qui vivent en liberté, les espèces qui poussent là et s’étioleront ailleurs, les oliviers du sud, les bouleaux du Grand Nord, les baobabs d’Afrique. Malgré ces limites-là, on trouvera toujours des névés dans les creux quand l’herbe tout autour est déjà haute et verte, anomalie heureuse pour les glissades d’été et l’eau qui se diffuse avec une sagesse lente plutôt que de ruisseler, de filer ventre à terre pour se tarir ensuite. De ces anomalies, points saillants, étonnants, remarquables, on fera des citations pour mettre au premier plan ce petit morceau de texte qui ne serait pas là s’il n’avait pas, un peu, dépassé la limite construite patiemment par le reste de l’histoire

Gris

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Juste gris, et rien n’est dit, il nous manque le précis, tant il existe de gris. Gris entre noir et blanc, gris entre bleu et pluie, le gris juste pour dire qu’on évite les extrêmes. Le gris du noir et blanc fera l’ombre ou le sombre, à nous ensuite de dire suivant le reste de l’image si c’est juste une couleur qui absorbe la lumière ou si c’est la lumière bloquée sur son trajet, qui n’arrive pas là jusqu’à la chambre noire, qui s’arrête bien avant. Le gris du noir et blanc, dans les images qu’on touche du début à la fin, c’est le nitrate d’argent et les jeux de la lumière, les bains aux odeurs fortes, la petite lumière rouge et les essais-erreurs qui vous font réfléchir et qui vous font grandir en connaissances des causes. On retrouve les anciens, eux qui savaient tout ça et savaient s’en servir, se servir de leurs mains autant que de leurs têtes. Ils sont éminences grises des tirages noir et blanc, du collodion humide, de leur grain de folie planté dans la science, qui les a fait penser du pansement au tirage. Parfois ça ne marche pas, c’est tout noir ou tout blanc ou il manque un morceau, ou alors c’est tout gris, mollasson sans contraste, on ne comprend pas pourquoi, on s’agace et on grince, on grommelle en dedans, on s’énerverait presque, alors on respire fort et on essaye ailleurs, mieux ou bien autrement, les dosages, les durées, cuisine à ne pas manger, adapter ses recettes, sans tomber dans le grigri, mais quand même se tenir à ce qui a marché même si on ne comprend pas, ni pourquoi ni comment. Et parfois l’image sort, elle est comme on voulait, comme on l’imaginait, c’est enfin une plaque qu’on ne grattera pas pour faire un autre essai, même on la vernira pour la garder longtemps. Alors on s’échappe loin, on pense pouvoir dire des millions de nuances, faire grise la souris verte, la nuit noire, le jour blanc, la chaleur d’un sourire ou le grave d’un regard avec ce qu’on trouvera entre le noir et le blanc, entre le blanc du papier et le noir des petites lettres qui donneront vie aux mots quand ils seront écrits

Tirage au collodion humide, réalisé en compagnie de Margaux Meurisse et grâce à Julien Dorol

Coquille

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

L’escargot, en photo, il n’est pas souvent beau : la photo a besoin de clarté, de lumière et l’escargot l’évite autant que la chaleur. Il leur préfère le frais et l’humide des jours gris, des longues journées de pluie, la rosée vivifiante du matin comme du soir. Pour passer les temps chauds ou quand le danger guette, il rentre ses antennes comme on fermerait les yeux et puis il se faufile jusque dans sa coquille. Une coquille en spirale, quasiment en hélice, un rêve d’aviateur que cette maison volante. D’autres bêtes à coquilles s’en servent autrement, la refermer très vite à la moindre inquiétude, la refermer très vite pour changer de territoire, en changer comme de chemise pour ne pas s’embêter à produire du calcaire, laisser faire ceux qui savent. La coquille peut sembler un refuge idéal, mais les moules et les huîtres pourront vous expliquer que ce n’est pas valable hors d’un monde idéal. Pour d’autres la coquille n’est qu’un moment de la vie, la coquille on en sort et on devient poussin, poisson, ornithorynque, animal en devenir, déjà plus si chétif. La coquille chez d’autres protègera la graine, fera office de rempart contre les dangers qui guettent les végétaux fragiles, lui laissera le temps de penser son avenir, noyer majestueux dans une vallée tranquille, qui donnera assez de fruits pendant un temps si long qu’il ne s’offusquera pas qu’un enfant visionnaire fasse d’une coquille de noix un vaisseau de haut bord. Pour les vaisseaux plus frêles, on parlera de canot, de barque ou de chaloupe car le terme coquillette est déjà pris ailleurs, il est marié d’enfance du jambon et du beurre. Coquille quand on écrit, c’est l’un des doigts patauds qui tout d’un coup dérape sur les touches du clavier, trahis l’inattention, le tunnel de pensée qui cache l’arbre tombé au beau milieu de la route. Alors il faut relire, vérifier, inspecter et encore contrôler jusqu’à ce que les coquilles se brisent et se concassent pour qu’enfin, d’un amas de mots creux, à force de ressac, de retours et de rouge, on en arrive à lire une immense plage de sable. Fin

Liens

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Lierre, liseron, liane, ils ont tous dans l’idée de se lier, de s’allier, de nouer des relations, en bref, créer des liens. Des liens en vrai de vrai, solides comme des ponts, un tour mort deux demi-clés qui n’ont jamais lâché, l’huitre sur son rocher ou ces chaînes qui enchaînent. Les plantes font plus subtiles, elles s’accrochent, elles s’agrippent, mais à leur rythme à elles, elles s’enroulent, se cramponnent. Elles construisent patiemment, un réseau très pointu, sophistiqué, subtil, comme les vrilles de la vigne ou les crampons du lierre, ces ventouses délicates, petits bras qui embrassent les bien plus grands que soi, qui font encore du vert sur ces arbres, qu’on dit morts. Parfois les liens des plantes passeront par le sous-sol, de racine à racine, ces branches souterraines. Entre arbres et champignons, on connaît bien l’histoire et on se réjouit des fruits de leurs dialogues autour d’un panier plein des chapeaux veloutés et des ronds pieds charnus qui finissent dans la poêle les jours humides d’automne. Parfois, les liens seront moins facilement visibles. Poivron et aubergine se rejoignent d’évidence dans les casseroles d’été, comme le piquant piment ou la douce pomme de terre, leur lien est botanique, ils sont solanacées, tout comme le tabac ou bien la mandragore qu’il vaut mieux éviter de mettre dans le caquelon. Les liens de la famille qu’on dit les liens du sang, même s’ils sont des liens forts sont rarement sans frottements tels un long fleuve tranquille. Comme ces liens qui assurent la cordée d’alpinistes ou les entraves posées aux chevilles des esclaves, le lien pourra avoir des nuances claires ou sombres. On souhaitera parfois sectionner certains liens qui nous traînent en des lieux qui ne nous conviennent pas ou en conforter d’autres qui s’étaient détendus. Les liens chez les humains se construisent souvent à travers le langage, et de fil en aiguille, par le biais bienvenu des allitérations, on vient enfin au livre, comme un lien fort et clair qui réunit qui lit avec qui a écrit, ligotés par les mots, les phrases et les histoires qui s’alignent sur les feuilles du bord coupé des pages jusqu’à la reliure

Et pour les liens modernes , voir cet autre article des Enlivreurs, récemment mis à jour.

Eau

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Une goutte comme un o ce serait quand même trop simple, alors l’eau a trois lettres pour faire le seul son o. Pour qu’on reconnaisse enfin, sa si grande valeur, son importance première. Cette eau qui est en nous, qu’on aime autour de nous, condition nécessaire et souvent suffisante. On aime le bruit de l’eau, goutte à goutte sur la mousse là-haut dans la montagne, torrent qui batifole, sautille entre les pierres et se joue des branches d’arbre qui tombent dans son lit, les embarque, joueuse, dans une folle sarabande. On aime tremper ses pieds dans l’eau fraîche du ruisseau après une belle balade, juste y tremper la main comme on enfile un gant quand le froid nous saisi et saisit une à une chacune de nos phalanges, chaque jointure une à une pour les habiller de bulles comme d’autant de brillants. On aime aussi les vagues, s’y plonger en entier, y faire le papillon ou au moins essayer, bien loin des nages subtiles et tellement efficaces des animaux marins. On aime humer l’eau, la goûter, juste la boire quand elle n’a pas d’odeur, un subtil goût de frais loin du nauséabond ou même de l’eau de javel. L’eau, la plupart du temps laisse passer nos regards en les déviant à peine, mais parfois elle se fige en une surface rebelle qui va tout renvoyer, y compris la lumière et renvoyer l’image telle qu’elle l’aura reçue, à une symétrie près. Magie de sa surface qui accepte, dans un plouf, qui lui tombe dans les bras, sauf bien sûr ce qui flotte, le léger ou le creux, nos radeaux, nos bateaux. C’est bien ça son problème, elle est trop accueillante. Malgré tout ce qu’on lui jette que ce soit bon ou non pour sa santé à elle, elle nous prend sur son dos, il suffit simplement de quelques lettres en plus, pour qu’à partir de l’eau on construise un bateau. Pour déclarer nos flammes, à l’eau, même la plus simple, sans qu’elle soit de jouvence ou claire comme de l’eau de roche, il nous faudrait des meauts et pas seulement des mots, pour dire qu’encore pendant longtemps, disons une bonne poignée de longues éternités, on souhaite vivement qu’elle continue toujours à juste couler de source sous tous les ponts du monde

Marmotte

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

C’est la reine des alpages, pelage beige, gris, brun sombre, petites oreilles, yeux noirs, et museau expressif, silhouette replète à la fin de l’été, curieuse et facétieuse, elle nous plait beaucoup trop, qualité dommageable pour sa tranquillité, mais aussi sa santé et son identité. On l’utilise partout pour des publicités, pour l’image qu’on s’en fait, pour ses deux petites mains qui tiennent les aliments qu’elle grignote à belles dents et qui nous ramènent loin, bien avant les cuillères, quand, encore tout bébés, mordiller les objets nous était naturel. C’était les temps anciens où on était marmot. Marmot, marmotte, masculin, féminin, analogie trompeuse, quelques liens en commun, mais pas tant qu’on croirait. Un marmot c’est aussi, côté architecture, une figure grotesque qui fait décoration, et en particulier, pour les heurtoirs de porte. De la figure grotesque jusqu’au petit enfant, on comprend le glissement en y ajoutant juste ce qu’il faut d’ironie, évitant par là même le trop mièvre du poupon. Reste la question du genre, marmot pouvait servir même pour les petites filles, avant que le binaire ne fasse obligation, dictature génétique bien éloignée parfois du ressenti de chacun. Le marmot ferait office du neutre du mot allemand, qui assume avec Kind, un genre qui laisse la place à plus de réflexion et offre à sa grammaire une solution médiane, une place au débat, aux opinions pesées, qui admet la virgule entre zéro et un. On pourra marmonner que les lois grammaticales sont dures, mais sont les lois, mais qui écrit, parfois, se retrouve confronté à des cas délicats où on aimerait avoir plus de cas, plus de choix, des mots plus adaptés à ce que l’on veut dire, à la façon de le dire quand manque la nuance, le ton, la demi-teinte. Alors comme la marmotte qui mâchouille son brin d’herbe, on mâchouille nos mots, mais reste quand même parfois un petit goût amer qui n’aurait pas pris place au milieu de nos phrases si les règles de grammaire avaient suivi de plus près l’évolution des temps

Image

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

C’est une question d’image, de représentation. Sage comme une image, il regarde son écran, ne bouge pas d’un poil, ne remue pas un cil, immobile et figé. Il regarde son écran, l’écran qui fait écran entre lui et le monde. Il regarde son écran, privilégie l’avenir, l’image qu’il peut revoir plutôt que celle à vivre, au présent de maintenant. Dans l’avenir, son présent, en regardant l’écran sera devenu passé. L’image fait décalage, elle joue avec nos temps. L’image fait référence, elle renvoie aux moments qu’on a vécus avant, moments vécus par d’autres, aussi avant maintenant, elle interpelle nos têtes, nos souvenirs, nos rêves, réveille nos émotions. Souvenir de balade, montée raide sur la crête et en haut découvrir des chamois tout tranquilles qui broutent en contrebas, s’arrêter sur une fleur et sur le paysage, tacheté par les nuages, en volutes, en pétales, vallée en perspective avec l’eau qui s’écoule dans le creux de ses mains, le doux vert des alpages, quelques buissons plus sombres, arbres aux ramures tordues, torturées par l’hiver et le poids de la neige. Quelques rochers aussi pour ne pas oublier le socle minéral qui façonne le relief de sommet en vallée. Image en métaphore quand on n’a pas le souvenir, quand il suffit d’un mot pour se faire tout un monde, quand on lira vallée, on aura tous en tête deux rives en pentes vertes et de l’eau tout en bas. Toutes ces images d’avant font appel au passé, au souvenir, aux traces et à nos références mais parfois c’est l’inverse, l’image vient en premier, elle commence dans une tête, dans un imaginaire. Ce serait d’abord une île, rocher noir sur mer sombre et sous un ciel de plomb, avec en son sommet juste le point blanc d’un phare, tout au nord de l’Écosse. Image de départ qu’il retouche comme il veut, comme il en a envie et comme il s’imagine une île des Caraïbes, sable blanc et palmiers, et puis bien sûr pirates pour mettre un peu d’action, et il en fait un livre et c’est l’île au trésor. Entre image et magie, il n’y a qu’un i d’écart au jeu des anagrammes, à chacun de choisir où il mettra cette lettre suivant sa perception du temps qui est passé et puis qui passera, mais qui ne repassera pas

Liens

Liste non exhaustive, qui ne sera jamais close, pleine d'oublis, de ratures dramatiques, d'honteuses omissions, mais toute pleine de coups de cœurs.
Alors de temps en temps, venir jeter un coup d'œil, pour suivre les mises à jour

La symétrie

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Une tige végétale, rectiligne, au moins fil, si elle n’est pas toute droite, alors suivre la route, et puis de chaque côté, une feuille, une feuille, une feuille et tout au bout, une feuille. Une feuille symétrique qui se plie sur elle-même comme on prend dans ses bras, nervure contre nervure en laissant au sommet, une artère centrale, une colonne vertébrale, une arête bien spéciale, ou ces muscles si puissants qu’ils font bouger les ailes et soulèvent dans les airs des oiseaux tout entiers. Symétriques les épaules larges et fortes des nageurs qui papillonnent en chœur quand l’insecte délicat arbore un tableau de maître sur chacune de ses ailes, symétrie dès qu’on pose les yeux autour de nous, sur les oreilles du chat, le lac et ses reflets, les deux yeux ronds d’une mouche, ou le prénom d’Hannah qu’il soit dit ou écrit en lettres majuscules. Symétrie dans les airs des insectes aux oiseaux, symétrie dans les eaux, des nageoires des baleines jusqu’aux pinces du crabe. Par rapport à un point, à une droite ou un plan, la symétrie est là pour simplifier le dessin, la moitié d’un visage et l’autre par symétrie, symétrie si présente qu’on pourrait presque croire qu’on peut connaître le monde en visitant seulement un de ses hémisphères et savoir dans une guerre qui a raison ou tort en se fiant seulement à un unique son de cloche. Mais ce serait trop facile. L’humain est symétrique dans sa majorité, mais il n’a qu’un seul cœur placé d’un seul côté, nos deux pieds sont semblables, mais marchent en alternance et le livre grand ouvert n’a pas les mêmes mots écrits sur les deux feuilles qui se posent l’une sur l’autre quand on tourne la page. Il suffit finalement d’un tout petit grain de sable, un glissement si discret qu’on le remarque à peine pour que la symétrie devienne l’asymétrie. Le savoir, donc pouvoir tout autant s’en méfier qu’en profiter pleinement en pensant à l’image de ce fou de Bassan photographié de face, deux yeux, deux demi-crânes, et deux ailes symétriques, oiseau encore plus beau lorsqu’on fait son portrait avec la plume d’un autre calée au coin du bec

Pour le portrait du fou, dont je parle à la fin, c’est chez Nicolas Orillard-Demaire et en bandeau du site